Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/167

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de ce qu’il était ! — Restaure-moi par ta présence, Silvia ! — Ah ! douce nymphe, soutiens ton berger désolé !

On entend un cliquetis d’épées mêlé de cris.

— Quel vacarme, quel tumulte aujourd’hui ! — Ce sont mes camarades qui font de leur volonté leur loi ; — ils donnent la chasse à quelque malheureux passant. — Ils m’aiment bien ; pourtant j’ai beaucoup à faire — pour les empêcher de commettre de sauvages excès. — Retire-toi, Valentin. Voyons, qui vient là ?

Il se met à l’écart.


Entrent Protée, l’épée à la main, Silvia et Julia.

PROTÈE.

— Oui, madame, je vous ai rendu ce service, — quelque indifférente que vous soyez à ce que fait votre serviteur ; — j’ai hasardé ma vie pour vous délivrer d’un homme — qui voulait faire violence à votre honneur et à votre amour. — En récompense, accordez-moi au moins un tendre regard. — Je ne puis demander et vous ne pouvez, j’en suis sûr, — me concéder une faveur moindre.


VALENTIN, à part.

Comme ce que je vois et entends ressemble à un rêve ! — Amour, prête-moi la patience de me contenir un moment.


SILVIA.

— Ô misérable ! malheureuse que je suis !


PROTÈE.

— Malheureuse, vous l’étiez, madame, avant que je vinsse ; — mais, par ma venue, je vous ai rendue heureuse.


SILVIA.

— Ton approche fait le comble de mon malheur.