Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/168

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JULIA, à part.

— Et du mien, quand c’est de vous qu’il s’approche.


SILVIA.

— Si j’avais été saisie par un lion affamé, — j’aurais mieux aimé être le déjeuner de la bête — que de me voir délivrée par le fourbe Protée. — Oh ! le ciel sait quel est mon amour pour Valentin, — dont la vie m’est aussi chère que mon âme ! — Eh bien, aussi grande (car plus grande, c’est impossible) est — ma haine pour le parjure Protée ! — Ainsi va-t’en, ne me sollicite plus.


PROTÉE.

— Quel danger, si proche qu’il fût de la mort, — n’affronterais-je pas pour un seul regard affectueux ? — Ô éternel malheur de l’amour ! — Ne pouvoir être aimé de la femme qu’on aime !


SILVIA.

— Ou, comme Protée, ne pouvoir aimer celle dont on est aimé ! — Relis donc, dans le cœur de Julia, l’histoire de ton premier amour ! — Pour lui plaire, tu déchiras ton honneur en mille serments ; — et tous ces serments se sont envolés en parjure pour l’amour de moi ! — Tu n’as plus de parole maintenant, à moins que tu n’en aies deux, — ce qui est bien pire que de ne pas en avoir ! Oui, plutôt ne pas en avoir, — que d’avoir deux paroles dont une est de trop. — Tu as été traître à ton meilleur ami !


PROTÉE.

En amour, — qui donc respecte l’amitié ?


SILVIA.

Tous les hommes, hormis Protée.


PROTÉE.

— Eh bien, si la douce éloquence des plus touchantes paroles — ne peut pas vous attendrir, — je vais vous