Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/171

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PROTÉE.

— Comment ! Julia !


JULIA.

~ Regarde celle qui s’offrit en butte à tous tes serments, — et qui les reçut en plein dans son cœur ! — Que de fois depuis tu l’as criblée de parjures ! — Ô Protée, que ce vêtement te fasse rougir ! — Sois honteux de ce qu’il m’a fallu prendre — un si immodeste accoutrement. S’il y a de la honte — dans ce déguisement d’amour, — aux yeux de la pudeur, la flétrissure est moindre — pour la femme à changer de costume, que pour l’homme à changer d’âme !


PROTÉE.

— Que pour l’homme à changer d’âme ! c’est vrai. Ô ciel ! si l’homme — était constant, il serait parfait : cette unique erreur — le remplit de défauts et l’entraîne à toutes les vilenies. — L’inconstance est une déchéance, avant même d’avoir commencé. — Qu’y a-t-il dans les traits de Silvia, que je ne puisse, — par de constants regards, retrouver plus suave dans ceux de Julia ?


VALENTIN.

— Allons ! allons ! La main tous deux ! — Que j’aie la joie de faire cet heureux rapprochement ! — Ce serait pitié que deux amis comme vous fussent longtemps ennemis !


PROTÉE.

— Ciel ! sois en témoin, mon désir est à jamais comblé.


JULIA.

Et le mien aussi.


Des bandits arrivent, menant le duc et Thurio.

UN BANDIT.

Une prise ! une prise ! une prise !