Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/182

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à qui vous avez fait vœu d’un secret pèlerinage — et dont vous m’avez promis de me parler aujourd’hui ?


BASSANIO.

— Vous n’ignorez pas, Antonio, — dans quel délabrement j’ai mis ma fortune, — en étalant quelque temps un faste excessif — que mes faibles ressources ne m’ont pas permis de soutenir. — Je ne gémis pas de ne pouvoir continuer — ce noble train ; mais mon plus grand souci — est de sortir honnêtement des dettes considérables — où ma jeunesse, un peu trop prodigue, — m’a laissé engagé. C’est à vous, Antonio, — que je dois le plus, en argent et en affection ; — et c’est sur la foi de votre affection, que je me décide — à vous faire part de tous les plans et projets que j’ai formés — pour me débarrasser de toutes mes dettes.


ANTONIO.

— Je vous en prie, bon Bassanio, faites-les-moi connaître ; — et, s’ils ne s’écartent pas plus que vous ne le faites vous-même — des voies de l’honneur, soyez sûr — que ma bourse, ma personne, mes ressources dernières — sont toutes ouvertes à votre service.


BASSANIO.

— Étant écolier, lorsque j’avais perdu une flèche, — j’en lançais une autre de la même portée — dans la même direction, en la suivant d’un regard plus attentif, — pour retrouver la première ; et, en risquant les deux, — je retrouvais souvent les deux. Si je vous cite cet exemple de l’enfance, — c’est que ma conclusion est de la plus pure candeur. — Je vous dois beaucoup ; et par mon étourderie de jeune homme — ce que je vous dois est perdu ; mais si vous consentez — à lancer une seconde flèche dans la même direction — que la première, je ne doute pas, — comme j’en surveillerai le vol, ou de les retrouver toutes deux — ou de vous rapporter la se-