Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/184

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Scène II.


[Belmont chez Portia.]


Entrent Portia et Nérissa.

PORTIA.

Sur ma foi, Nérissa, mon petit corps est bien las de ce grand monde.


NÉRISSA.

Ce serait tout simple, chère madame, si vous aviez autant de misères que vous avez de prospérités. Et pourtant, d’après ce que je vois, l’indigestion rend malade autant que la faim. Ce n’est donc pas un mince bonheur qu’une condition médiocre : le superflu grisonne plus vite, le simple nécessaire vit plus longtemps.


PORTIA.

Bonnes maximes, et bien débitées.


NÉRISSA.

Elles seraient meilleures, si elles étaient bien suivies.


PORTIA.

Si faire était aussi aisé que savoir ce qu’il est bon de faire, les chapelles seraient des églises, et les chaumières des pauvres gens des palais de princes. Le bon prédicateur est celui qui suit ses propres instructions. Il m’est plus aisé d’apprendre à vingt personnes ce qu’il est bon de faire, que d’être l’une des vingt à suivre mes propres leçons. Le cerveau peut inventer des lois pour la passion ; mais un tempérament ardent saute par-dessus la froide règle : la jeunesse folle se fait lièvre pour bondir par-dessus les filets que tend le cul-de-jatte bon conseil. Mais ce raisonnement n’est pas de mise au moment de me choisir un mari… Que dis-je, hélas ! choisir ! Je ne