Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/187

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rendre, quand il en serait capable. Je crois que le Français lui a donné sa garantie et s’est engagé à restituer le double.


NÉRISSA.

Comment trouvez-vous le jeune Allemand, le neveu du duc de Saxe ?


PORTIA.

Répugnant le matin, lorsqu’il est à jeun, et plus répugnant dans l’après-midi, lorsqu’il est ivre. Dans ses meilleurs moments, il vaut un peu moins qu’un homme ; dans ses plus mauvais, un peu plus qu’une bête. Quelque malheur qui m’arrive, j’espère trouver moyen de lui échapper.


NÉRISSA.

S’il offre de tenter l’épreuve et qu’il choisisse le coffret gagnant, vous refuseriez d’accomplir la volonté de votre père, en refusant de l’épouser ?


PORTIA.

Aussi, de crainte de malheur, mets, je t’en prie, un grand verre de vin du Rhin sur le coffret opposé : car, quand le diable serait dedans, si cette tentation est dessus, je sais bien qu’il le choisira. Je ferai tout au monde, Nérissa, plutôt que d’épouser une éponge.


NÉRISSA.

Vous n’avez rien à craindre, madame, vous n’aurez aucun de ces seigneurs ; ils m’ont fait connaître leur résolution de s’en retourner chez eux et de ne plus vous troubler de leurs hommages, à moins que, pour vous obtenir, il n’y ait un autre moyen que le choix des coffrets imposé par votre père.


PORTIA.

Dussé-je vivre aussi vieille que la Sibylle, je mourrai chaste comme Diane, à moins que je ne sois obtenue selon la dernière volonté de mon père. Je suis charmée