Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/202

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LANCELOT.

Je ne sais ce que j’en dois croire ; mais je suis Lancelot, l’homme du juif ; et ce dont je suis sûr, c’est que Marguerite, votre femme, est ma mère.


GOBBO.

Son nom est Marguerite, en effet. Je puis jurer, si tu es Lancelot, que tu es ma chair et mon sang. Dieu soit béni ! Quelle barbe tu as ! Tu as plus de poils à ton menton que Dobbin, mon limonnier, à sa queue.


LANCELOT.

Il faut croire alors que la queue de Dobbin pousse à rebours ; je suis sur qu’il avait plus de poils à la queue que je n’en ai sur la face, la dernière fois que je l’ai vu.


GOBBO.

Seigneur ! que tu es changé !… Comment vous accordez-vous, ton maître et toi ? Je lui apporte un présent. Comment vous accordez-vous maintenant ?


LANCELOT.

Bien, bien. Mais quant à moi, comme j’ai pris la résolution de décamper de chez lui, je ne m’arrêterai pas que je n’ai couru un bon bout de chemin. Mon maître est un vrai juif. Lui donner un présent, à lui ? Donnez-lui une hart. Je meurs de faim à son service ; vous pourriez compter toutes les phalanges de mes côtes. Père, je suis bien aise que vous soyez venu ; donnez-moi ce présent-là à un certain monsieur Bassanio. En voilà un qui donne de magnifiques livrées neuves ! Si je n’entre pas à son service, je veux courir aussi loin que Dieu a de la terre… Ô rare bonheur ! Le voici en personne. Abordez-le, père : car je veux être juif, si je sers le juif plus longtemps.