Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/206

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BASSANIO.

Gratiano !


GRATIANO.

— J’ai une chose à vous demander.


BASSANIO.

Vous l’avez obtenue.


GRATIANO.

— Vous ne pouvez plus me refuser : il faut que j’aille avec vous à Belmont.


BASSANIO.

— S’il le faut, soit !… Mais écoute, Gratiano, — tu es trop pétulant, trop brusque, trop tranchant en paroles. — Ces façons-là te vont assez heureusement, — et ne sont pas des défauts pour des yeux comme les nôtres : — mais pour ceux qui ne te connaissent pas, eh bien, elles ont — quelque chose de trop libre. Je t’en prie, prends la peine — de calmer par quelques froides gouttes de modestie — l’effervescence de ton esprit ; sans quoi ta folle conduite — me ferait mal juger aux lieux où Je vais, — et ruinerait mes espérances.


GRATIANO.

Signor Bassanio, écoutez-moi : — si vous ne me voyez pas adopter un maintien grave, — parler avec réserve, jurer modérément, — porter dans ma poche des livres de prière, prendre un air de componction, — et, qui plus est, quand on dira les grâces, cacher mes yeux, — comme ceci, avec mon chapeau, et soupirer, et de dire : Amen ! — enfin observer tous les usages de la civilité, — comme un être qui s’est étudié à avoir la mine solennelle — pour plaire à sa grand’mère, ne vous fiez plus à moi !


BASSANIO.

— C’est bien, nous verrons comment vous vous comporterez.