Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/231

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de Venise, je puis faire tous les marchés que je voudrai. Va, Tubal, et viens me rejoindre à notre synagogue ; va, bon Tubal. À notre synagogue, Tubal !

Ils sortent.

Scène XIV.


[Le palais de Portia à Belmont.]


Entrent Bassanio, Portia, Gratiano, Nérissa et d’autres suivantes. Les coffrets sont découverts.

PORTIA.

— Différez, je vous prie. Attendez un jour ou deux — avant de vous hasarder ; car, si vous choisissez mal, — je perds votre compagnie. Ainsi, tardez un peu. — Quelque chose me dit (mais ce n’est pas l’amour,) — que je ne voudrais pas vous perdre : et vous savez vous-même — qu’une pareille suggestion ne peut venir de la haine. — Mais pour que vous me compreniez mieux — (et pourtant une vierge n’a pas de langage autre que sa pensée), — je voudrais vous retenir ici un mois ou deux, — avant que vous vous aventuriez pour moi. Je pourrais vous apprendre — comment bien choisir ; mais alors je serais parjure, — et je ne le serai jamais. Vous pouvez donc échouer ; — mais si vous échouez, vous me donnerez le regret coupable — de n’avoir pas été parjure. Maudits soient vos yeux ! — Ils m’ont enchantée et partagée en deux moitiés : — l’une est à vous, l’autre est à vous… — à moi, voulais-je dire ; mais, si elle est à moi, elle est à vous, — et ainsi le tout est à vous. Ô cruelle destinée — qui met une barrière entre le propriétaire et la propriété, — et fait qu’étant à vous, je ne suis pas à vous !… Si tel est l’événement, —