Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/241

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PORTIA, à Bassanio.

— Et c’est votre ami cher qui est dans cet embarras ?


BASSANIO.

— Mon ami le plus cher, l’homme le meilleur, — le cœur le plus disposé, le plus infatigable — à rendre service, un homme en qui — brille l’antique honneur romain plus — que chez quiconque respire en Italie.


PORTIA.

Quelle somme doit-il au juif ?


BASSANIO.

— Il doit pour moi trois mille ducats.


PORTIA.

Quoi ! pas davantage ! — Payez-lui-en six mille et déchirez le billet ; — doublez les six mille, triplez-les, — plutôt qu’un tel ami — perde un cheveu par la faute de Bassanio ! — D’abord, venez à l’église avec moi, appelez-moi votre femme, — et ensuite allez à Venise retrouver votre ami ; — car vous ne reposerez jamais aux côtés de Portia — avec une âme inquiète. Vous aurez de l’or — assez pour payer vingt fois cette petite dette ; — quand elle sera payée, amenez ici votre fidèle ami. — Pendant ce temps, Nérissa, ma suivante, et moi, nous vivrons en un virginal veuvage. Allons, venez, — car il vous faut partir le jour de vos noces. — Faites fête à vos amis, montrez-leur une mine joyeuse : — puisque vous avez coûté si cher, je vous aimerai chèrement. — Mais lisez-moi la lettre de votre ami.


BASSANIO, lisant.

« Doux Bassanio, mes vaisseaux se sont tous perdus ; mes créanciers deviennent cruels ; ma situation est très-précaire, mon billet au juif est en souffrance ; et, puisqu’en le payant, il est impossible que je vive, toutes dettes entre vous et moi sont éteintes, pourvu que je vous voie avant de mourir ; néanmoins, suivez votre fantaisie ; si ce n’est pas votre amitié qui vous décide à venir, que ce ne soit pas ma lettre ! »