Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/256

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non, pas même la hache du bourreau, n’est aussi affilé — que ta rancune acérée. Aucune prière ne peut donc te pénétrer ?


SHYLOCK.

— Aucune que ton esprit suffise à imaginer.


GRATIANO.

— Oh ! soit damné, chien inexorable ! — Et que ta vie accuse la justice ! — Peu s’en faut que tu ne me fasses chanceler dans ma foi — et croire avec Pythagore — que les âmes des animaux passent — dans les corps des hommes. Ton esprit hargneux — gouvernait un loup qui fut pendu pour meurtre d’homme — et dont l’âme féroce, envolée du gibet — quand tu étais encore dans le ventre de ta mère profane, — s’introduisit en toi ! tes appétits — sont ceux d’un loup, sanguinaires, voraces et furieux.


SHYLOCK.

— Tant que tes injures ne ratureront pas la signature de ce billet, — tu ne blesseras que tes poumons à pérorer si fort. — Étaie ton esprit, bon jeune homme, sinon, il va subir — un irréparable écroulement… J’attends ici justice.


LE DOGE.

— Cette lettre de Bellario recommande — à la cour un jeune et savant docteur. — Où est-il ?


NÉRISSA.

Il attend tout près d’ici — pour savoir si vous voudrez bien l’admettre.


LE DOGE.

— De tout mon cœur… Que trois ou quatre d’entre vous — sortent et lui fassent jusqu’ici une escorte de courtoisie. — En attendant, la cour entendra la lettre de Bellario.


LE CLERC, lisant.

« Votre Grâce apprendra que, lorsque j’ai reçu sa lettre, j’étais très-malade ; mais, au moment même où son messager arrivait, je recevais l’aimable visite d’un jeune docteur de Rome, nommé Balthazar.