Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/264

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


PORTIA.

— Ainsi, prépare-toi à couper la chair. — Ne verse pas de sang ; ne coupe ni plus ni moins, — mais tout juste une livre de chair. Si tu en prends — plus ou moins que la juste livre, — si tu diminues ou augmentes le poids convenu — ne fût-ce que de la vingtième partie — d’un seul pauvre grain, si même la balance incline — de l’épaisseur d’un cheveu, — tu meurs, et tous tes biens sont confisqués.


GRATIANO.

— Un second Daniel ! un Daniel, juif ! Maintenant, infidèle, je te tiens.


PORTIA.

— Qu’attends-tu, juif ? Prends ce qui te revient ?


SBYLOCK.

— Donnez-moi mon principal, et laissez-moi aller.


BASSANIO.

— Je l’ai tout prêt : prends-le.


PORTIA.

— Il l’a refusé en pleine cour. — Il n’aura que ce qui lui est dû en stricte justice.


GRATIANO.

— Un Daniel, je le répète ! un second Daniel ! — Je te remercie, juif, de m’avoir soufflé ce mot.


SHYLOCK.

— Quoi ! je n’aurai pas même mon principal ?


PORTIA.

— Tu n’auras rien que le dédit stipulé. — Prends-le à tes risques et périls, juif.


SHYLOCK.

— En ce cas, que le diable se charge du remboursement ! — Je ne resterai pas plus longtemps à discuter.


PORTIA.

Arrête, juif. — La justice ne te lâche pas encore. — Il