Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/279

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si vous pouviez concevoir pourquoi j’ai donné la bague, — avec quelle répugnance j’ai abandonné la bague, — lorsqu’on ne voulait accepter que la bague, — vous calmeriez la vivacité de votre déplaisir.


PORTIA.

— si vous aviez connu la vertu de la bague, — ou soupçonné la valeur de celle qui vous donna la bague, — ou attaché votre honneur à garder la bague, — vous ne vous seriez jamais séparé de la bague. — Quel homme eût été assez déraisonnable, — s’il vous avait plu de la défendre — avec un semblant de zèle, pour réclamer avec cette outrecuidance — un objet regardé comme sacré ? — Nérissa m’apprend ce que je dois penser. — Que je meure, si ce n’est pas une femme qui a la bague !


BASSANIO.

— Non, sur mon honneur, madame, sur ma vie ! — Ce n’est point une femme, mais un docteur fort civil, — qui a refusé de moi trois mille ducats — et m’a demandé cet anneau. J’ai commencé par le lui refuser, — et je l’ai laissé partir mécontent, — lui qui avait sauvé la vie même — de mon plus cher ami. Que pourrais-je dire, ma charmante dame ? — Je me suis vu contraint de le lui envoyer ; — j’ai dû céder aux remords et à la bienséance ; — mon honneur n’a pu se laisser souiller — par tant d’ingratitude. Pardonnez-moi, généreuse dame : — car, par ces flambeaux bénis de la nuit, — si vous aviez été là, je crois que vous m’eussiez demandé — la bague pour la donner à ce digne docteur.


PORTIA.

— Ne laissez jamais ce docteur-là approcher de ma maison. — Puisqu’il a le joyau que j’aimais — et que vous aviez juré de garder en souvenir de moi, — je veux être aussi libérale que vous. — Je ne lui refuserai rien de ce qui m’appartient, — non, pas même mon corps,