Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/313

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elle pas — plus exempte de dangers qu’une cour envieuse ? — Ici nous ne subissons que la pénalité d’Adam, — la différence des saisons. Si de sa dent glacée, — de son souffle brutal, le vent d’hiver — mord et fouette mon corps — jusqu’à ce que je grelotte de froid, je souris et je dis : — Ici point de flatterie ; voilà un conseiller — qui me fait sentir ce que je suis. — Doux sont les procédés de l’adversité : — comme le crapaud hideux et venimeux, — elle porte un précieux joyau dans sa tête (25). — Cette existence à l’abri de la cohue publique — révèle des voix dans les arbres, des livres dans les ruisseaux qui coulent, — des leçons dans les pierres et le bien en toute chose.


AMIENS.

— Je ne voudrais pas changer de vie. Heureuse est Votre Grâce — de pouvoir traduire l’acharnement de la fortune — en style si placide et si doux !


LE DUC.

— Ah çà, irons-nous tuer quelque venaison ?… — Et pourtant je répugne à voir les pauvres êtres tachetés, — bourgeois natifs de cette cité sauvage, — atteints sur leur propre terrain par les flèches fourchues qui ensanglantent leurs hanches rondes.


PREMIER SEIGNEUR.

— Aussi bien, monseigneur, — cela navre le mélancolique Jacques ; — il jure que vous êtes sous ce rapport un plus grand usurpateur — que votre frère qui vous a banni. — Aujourd’hui, messire d’Amiens et moi-même, — nous nous sommes faufilés derrière lui, comme il était étendu — sous un chêne dont les antiques racines se projettent — sur le ruisseau qui clapote le long de ce bois. — Là, un pauvre cerf égaré, — qu’avait blessé le trait des chasseurs, — est venu râler ; et vraiment, monseigneur, — le misérable animal poussait de tels