Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/318

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homme — dans toutes vos affaires et dans toutes vos nécessités.


ORLANDO.

— Ô bon vieillard ! Que tu me fais bien l’effet — de ce serviteur constant des anciens jours — qui s’évertuait par devoir et non par intérêt ! — Tu n’es pas à la mode de cette époque — où chacun s’évertue seulement pour un profit — et, une fois satisfait, laisse étouffer son zèle — par cette égoïste satisfaction : il n’en est pas ainsi de toi. — Pauvre vieillard, tu soignes un arbre pourri — qui ne peut pas même te donner une fleur — en échange de toutes tes peines et de toute ta culture. — Mais viens, nous ferons route ensemble, — et avant que nous ayons dépensé les gages de ta jeunesse, — nous aurons trouvé quelque humble sort à notre gré.


ADAM.

— En avant, maître, je te suivrai, jusqu’à mon dernier soupir, avec constance et loyauté. — Depuis l’âge de dix-sept ans jusqu’à près de quatre-vingts, — j’ai vécu ici, mais désormais je n’y veux plus vivre. — À dix-sept ans beaucoup vont chercher fortune, — mais à quatre-vingts, il est trop tard d’une semaine au moins. — N’importe ! la fortune ne peut pas mieux me récompenser — qu’en me permettant de mourir honnête et quitte envers mon maître.

Ils sortent.



Scène VII.


[La lisière de la forêt des Ardennes.]


Entrent Rosalinde, en habit de paysan ; CéLia, déguisée en bergère, et Pierre de Touche.

ROSALINDE.

Ô Jupiter ! que mes esprits sont lassés !