Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/352

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vres, Audrey. Eh bien Audrey ? suis-je toujours votre homme ? Mes traits simples vous conviennent-ils ?


AUDREY.

Vos traits ! Dieu nous protège ! quels traits ?


PIERRE DE TOUCHE.

Je suis avec toi et tes chèvres au milieu de ces sites, comme jadis le plus capricieux des poëtes, l’honnête Ovide, au milieu des Scythes.


JACQUES, à part.

Ô savoir plus mal logé que Jupiter sous le chaume !


PIERRE DE TOUCHE.

Quand un homme voit que ses vers sont incompris ou que son esprit n’est pas secondé par cet enfant précoce, l’entendement, cela lui porte un coup plus mortel qu’un gros compte dans un petit mémoire… Vrai, je voudrais que les dieux t’eussent faite poétique.


AUDREY.

Je ne sais point ce que c’est que poétique. Ça veut-il dire honnête en action et en parole ? Est-ce quelque chose de vrai ?


PIERRE DE TOUCHE.

Non, vraiment ; car la vraie poésie est toute fiction, et les amoureux sont adonnés à la poésie ; et l’on peut dire que, comme amants, ils font une fiction de ce qu’ils jurent comme poëtes.


AUDREY.

Et vous voudriez que les dieux m’eussent faite poétique !


PIERRE DE TOUCHE.

Oui, vraiment, car tu m’as juré que tu es vertueuse ; or, si tu étais poëte, je pourrais espérer que c’est une fiction.


AUDREY.

Voudriez-vous donc que je ne fusse pas vertueuse ?