Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/355

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JACQUES.

Vous voulez donc vous marier, porte-marotte ?


PIERRE DE TOUCHE.

De même que le bœuf a son joug, messire, le cheval sa gourmette et le faucon ses grelots, de même l’homme a ses envies ; et de même que les pigeons se becquettent, de même les époux aiment à se grignotter.


JACQUES.

Quoi ! Un homme de votre éducation serait marié sous un buisson, comme un mendiant ! Allez à l’église et choisissez un bon prêtre qui puisse vous dire ce que c’est que le mariage. Ce gaillard-là vous joindra ensemble comme on joint une boiserie ; l’un de vous passera bientôt à l’état de panneau rétréci et, comme du bois vert, déviera, déviera.


PIERRE DE TOUCHE, à part.

J’ai dans l’idée qu’il vaudrait mieux pour moi être marié par celui-là que par tout autre : car il ne me paraît pas capable de me bien marier ; et, n’étant pas bien marié, j’aurai plus tard une bonne excuse pour lâcher ma femme.


JACQUES.

Viens avec moi et prends-moi pour conseil.


PIERRE DE TOUCHE.

Viens, bonne Audrey… Nous devons ou nous marier ou vivre en fornication… Adieu, maître Olivier !

Fredonnant.

Non !… Ô brave Olivier,
Ô brave Olivier,
Ne me laisse pas derrière toi.
Mais… prends le large,
Décampe, te dis-je,
Je ne veux pas de toi pour ma noce !

Sortent Jacques, Pierre de Touche et Audrey.