Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/360

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quand ce moment viendra, — accable-moi de tes railleries, sois pour moi sans pitié, — comme je le serai pour toi jusqu’à ce moment-là.


ROSALINDE, s’avançant.

— Et pourquoi, je vous prie ? De quelle mère êtes-vous donc née, — pour insulter ainsi et accabler à plaisir — les malheureux ? Quand vous auriez de la beauté, — (et, ma foi, je vous en vois tout juste — assez pour aller au lit la nuit sans chandelle), — serait-ce une raison pour être arrogante et impitoyable ?… — Eh bien, que signifie ceci ? Pourquoi me considérez-vous ? — Je ne vois en vous rien de plus que dans le plus ordinaire — article de la nature… Mort de ma petite vie ! — Je crois qu’elle a l’intention de me fasciner, moi aussi… — Non vraiment, fière donzelle, ne l’espérez pas ; ce ne sont pas vos sourcils d’encre, vos cheveux de soie noire, — vos yeux de jais ni vos joues de crème — qui peuvent soumettre mon âme à votre divinité !…

À Silvius.

— Et vous, berger niais, pourquoi la poursuivez-vous — comme un nébuleux vent du sud, soufflant le vent et la pluie ? — Vous êtes mille fois mieux comme homme — qu’elle n’est comme femme. Ce sont les imbéciles tels que vous — qui peuplent le monde d’enfants mal venus ! Ce n’est pas son miroir qui la flatte, c’est vous ! — Grâce à vous, elle se voit plus belle — que ses traits ne la montrent en réalité…

À Phébé.

— Allons, donzelle, apprenez à vous connaître ; mettez-vous à genoux, — jeûnez et remerciez le ciel d’être aimée d’un honnête homme. — Car je dois vous le dire amicalement à l’oreille — livrez-vous quand vous pouvez, vous ne serez pas toujours de défaite. — Implorez la merci de cet homme, aimez-le, acceptez son offre. — La