Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/363

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PHÉBÉ.

— Ne crois pas que je l’aime, parce que je m’informe de lui. — Ce n’est qu’un maussade enfant… Pourtant il jase bien. — Mais que m’importent des paroles ? Pourtant les paroles sonnent bien, — quand celui qui les dit plaît à qui les écoute. — C’est un joli garçon… pas très-joli, — mais il est fier, j’en suis sûre ; et pourtant la fierté lui sied bien. — Il fera un homme agréable. Ce qu’il a de mieux, — c’est son teint ; et plus vite que ne blessait — sa langue, son regard guérissait… — Il n’est pas grand ; mais il est grand pour son âge… — Sa jambe est coucicouci… Pourtant elle est bien. — Il y avait une jolie rougeur sur sa lèvre : — un vermillon un peu plus foncé et plus vif — que celui qui nuançait sa joue ; c’était juste la différence — entre le rouge uni et le rouge damassé. — Il est des femmes, Silvius, qui, pour peu qu’elles l’eussent considéré — en détail comme moi, auraient été bien près — de s’amouracher de lui… Mais, pour ma part, — je ne l’aime, ni ne le hais ; et pourtant — j’ai plus sujet de le haïr que de l’aimer… — Mais lui, quel droit avait-il de me gronder ainsi ? — Il a dit que mes yeux étaient noirs et mes cheveux noirs ; — et je me rappelle à présent qu’il m’a narguée… — Je m’étonne de ne pas lui avoir répliqué. — Mais c’est égal : omission n’est pas rémission. — Je vas lui écrire une lettre très-impertinente, — et tu la porteras : veux-tu, Silvius ?


SILVIUS.

— De tout mon cœur, Phébé.


PHÉBÉ.

Je vas l’écrire sur-le-champ. — Le couteau est dans ma tête et dans mon cœur : — je vas être bien aigre et plus qu’expéditive avec lui. — Viens avec moi, Silvius.

Ils sortent.