Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/383

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PIERRE DE TOUCHE.

Couci couci est bon, très-bon, excellemment bon… et pourtant non, ce n’est que couci couci. Es-tu sage ?


WILLIAM.

Oui, monsieur, j’ai suffisamment d’esprit.


PIERRE DE TOUCHE.

Eh ! tu réponds bien. À présent je me rappelle une maxime : le fou se croit sage et le sage reconnaît lui-même n’être qu’un fou. Le philosophe païen, quand il avait envie de manger une grappe, ouvrait les lèvres au moment de la mettre dans sa bouche ; voulant dire par là que les grappes étaient faites pour être mangées et les lèvres pour s’ouvrir (29).

Montrant Audrey.

Vous aimez cette pucelle ?


WILLIAM.

Oui, monsieur.


PIERRE DE TOUCHE.

Donnez-moi la main… Es-tu savant ?


WILLIAM.

Non, monsieur.


PIERRE DE TOUCHE.

Eh bien, sache de moi ceci : Avoir, c’est avoir. Car c’est une figure de rhétorique qu’un liquide, étant versé d’une tasse dans un verre, en remplissant l’un évacue l’autre. Car tous vos auteurs sont d’avis que ipse c’est lui-même ; or, tu n’es pas ipse, car je suis lui-même.


WILLIAM.

Quel lui-même, monsieur ?


PIERRE DE TOUCHE, montrant Audrey.

Celui-même, monsieur, qui doit épouser cette femme. C’est pourquoi, ô rustre, abandonnez, c’est-à-dire, en termes vulgaires, quittez la société, c’est-à-dire, en style villageois, la compagnie de cette femelle, c’est-à-dire, en langue commune, de cette femme, c’est-à-dire, en