Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/387

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choses. J’ai été, depuis l’âge de trois ans, en rapport avec un magicien dont la science est fort profonde sans être en rien damnable. Si dans votre cœur vous aimez Rosalinde aussi ardemment que votre attitude le proclame, vous l’épouserez quand votre frère épousera Aliéna. Je sais à quelles extrémités la fortune l’a réduite ; et il ne m’est pas impossible, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, de l’évoquer demain devant vos yeux sous sa forme humaine et sans aucun danger.


ORLANDO.

Parlez-vous sérieusement ?


ROSALINDE.

Oui, sur ma vie, que j’aime chèrement, bien que j’avoue être magicien. Ainsi parez-vous de vos plus beaux atours, conviez vos amis ; car, si vous voulez être marié demain, vous le serez, et à Bosalinde, pour peu que vous le désiriez.


Entrent Silvius et Phébé.

ROSALINDE.

Tenez, voici mon amoureuse et son amoureux.


PHÉBÉ.

— Jeune homme, vous m’avez fait une grande incivilité, — en montrant la lettre que je vous avais écrite.


ROSALINDE.

— Cela m’est bien égal. Je m’étudie — à paraître dédaigneux et incivil envers vous. — Vous avez là à votre suite un fidèle berger ; — tournez les yeux sur lui, aimez-le : il vous adore.


PHÉBÉ, à Silvius.

— Bon berger, dites à ce jouvenceau ce que c’est qu’aimer.


SILVIUS.

— C’est être tout soupirs et tout larmes ; — et ainsi suis-je pour Phébé.