Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/422

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— À la vérité, cette dame lui est fort redevable, puisque ne se contentant pas de porter ses couleurs, il veut encore porter son nom propre pour livrée. Mais est-elle belle ?

— Oui pour certain, dit Fabio, combien qu’en notre pays il en servait une autre qui était assez plus belle et de laquelle il était plus favorisé qu’il n’est de celle-ci. Mais cette malheureuse absence rompt tout ce que l’homme pense être de plus ferme.

Quand j’ouïs ceci, je fus contrainte de venir à composition avec mes larmes lesquelles si je n’eusse retenues, eussent engendré soupçon de quelque chose en Fabio, qui ne m’eût de rien servi. Lequel incontinent me demanda qui j’étais et mon nom, et de quel pays. À quoi je fis réponse que Vandalie était mon pays, mon nom Valerio, et que jusqu’à présent je ne demeurais avec personne.

— Ainsi donc, dit-il, à ce compte nous somme tous d’un pays, et encore pourrions-nous être d’une même maison ; si vous voulez, parce que dom Félix, mon maître, m’a commandé de lui chercher un page. Et pourtant si vous avez envie de le servir, arrivez. Ni le boire, ni le manger, ni quatre réaux par jour ne vous manqueront point.

— À la vérité, lui répondis-je, je n’avais pas délibéré de me donner à personne, mais puisque la fortune m’a conduit dans un temps où je n’ai rien à faire autre chose, il me semble que le meilleur serait de demeurer avec votre maître, pour ce qu’il doit être à mon avis gentilhomme plus affable et ami de ses serviteurs qu’autre de cette cour.

Finalement Fabio en parla à son maître dom Félix, ainsi qu’il sortait et il commanda que je m’en allasse ce soir en son logis. Je m’y en allai ; et il me reçut pour son