Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/442

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d’aborder au port de Belmonte. Il s’entendit avec un de ses pilotes, si bien qu’une nuit le navire fut amené dans le port de cette dame. Au lever du jour, ses compagnons, regardant autour d’eux et ne voyant nulle part le navire de Gianelto, se dirent : « Certainement il y a un mauvais sort jeté sur celui-ci ; » et ils prirent le parti de poursuivre leur route, tout émerveillés de ce qui s’était passé.

Le navire étant arrivé au port, tous accoururent du château, apprenant que Gianetto était revenu et s’en étonnant fort. « Ce doit être, disaient-ils, le fils de quelque grand personnage, puisqu’il peut venir ainsi tous les ans avec tant de marchandises et de si beaux navires : plût à Dieu qu’il fût notre seigneur ! » Il reçut la visite de tous les grands, barons et chevaliers de ce pays. On alla dire à la dame que Gianetto était de retour. Aussitôt elle se mit à la fenêtre du palais, et vit ce magnifique navire, et reconnut le pavillon, et faisant le signe de la croix, elle s’écria : « Voilà certainement un fait extraordinaire : c’est le même homme qui a déjà laissé tant de richesses dans le pays ; » et elle l’envoya chercher. Gianetto alla à elle. Ils s’embrassèrent avec effusion, se saluèrent et se firent de grandes révérences. Toute la journée se passa dans les fêtes et dans l’allégresse. Il y eut en l’honneur de Gianetto un beau tournoi où joutèrent toute la journée nombre de barons et de chevaliers. Gianetto voulut y prendre part et fit merveilles de sa personne, tant il se tenait bien sous les armes et à cheval ; et sa bonne mine plaisait tellement à tous les barons que chacun le désirait pour seigneur. Or, il advint qu’au soir, le moment étant venu d’aller se reposer, la dame prit Gianetto par la main et lui dit : « Allons nous reposer. » Quand il fut à l’entrée de la chambre, une chambrière de la dame qui portait un vif intérêt à Gianetto, se pencha à son oreille et lui dit bien doucement :