Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/450

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si affable et si bonne que, quand j’en dépenserais quatre fois autant, elle serait contente ; elle voulait même que j’emportasse avec moi une plus forte somme.

— Et quels sont, repartit le juge, vos sentiments à l’égard de votre femme ?

— Il n’est pas de nature au monde, répliqua Gianetto, à qui je veuille plus de bien. Elle est si sage et si belle que la nature n’aurait pu la mieux douer. Et si vous voulez me faire la grâce de venir la voir, vous serez émerveillé des honneurs qu’elle vous rendra, et vous verrez si ce que je vous dis est exagéré.

— Je ne puis aller avec vous, répondit le juge, parce que j’ai autre chose à faire ; mais puisque vous la dites si bonne, quand vous la verrez, saluez-la de ma part.

— Je n’y manquerai pas, dit messire Gianetto, mais je veux que vous emportiez ces ducats.

Tandis qu’il disait ces paroles, le juge, lui voyant au doigt un anneau, lui dit :

— Je veux cet anneau et ne veux pas d’argent.

— J’y consens, répondit messire Gianetto, mais je vous le donne à regret, parce que c’est ma femme qui me ]’a donné. Elle m’a dit de le porter toujours pour l’amour d’elle, et, si elle ne me le voit plus, elle croira que je l’ai donné à quelque femme ; et ainsi elle se fâchera contre moi et croira que je suis énamouré d’une autre, moi qui lui suis plus attaché qu’à moi-même.

— Il me paraît certain, dit le juge, qu’elle se fiera à votre parole, puisqu’elle vous veut tant de bien : vous lui direz que vous me l’avez donné. Mais peut-être voulez-vous le donner ici à quelque ancienne maîtresse.

— Telle est l’affection, telle est la foi que je lui porte, répondit messire Gianetto, que je ne la changerais pour aucune femme au monde, tant elle est accomplie en toute chose.