Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/490

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mets de vous la restituer aussi parfaitement vierge qu’en ce moment.

— J’y consens, dit Rosader ; il doit me suffire de rêver d’amour la nuit, puisque, le jour, je suis assez fou pour radoter d’amour. À demain donc. Allez à vos parcs, je vais à ma grotte.

Et sur ce, ils se séparèrent. À peine le chasseur était-il parti, qu’Aliéna et Ganimède allèrent parquer leurs troupeaux, et, ayant pris leurs houlettes, leurs bissacs et leurs bouteilles, elles retournèrent chez elles. Tout en devisant, elles aperçurent le vieux Coridon qui venait clopin dopant leur annoncer que le souper était prêt. Cette nouvelle hâta leur retour au logis, où nous les laisserons jusqu’au lendemain pour revenir à Saladin.

Pendant ce temps, le pauvre Saladin, banni de Bordeaux et de la cour de France par Thorismond, errait par monts et par vaux dans la forêt des Ardennes, croyant parvenir jusqu’à Lyon, et de là, à travers l’Allemagne, se rendre en Italie. Mais, la forêt étant pleine de défilés, lui-même ne connaissant pas bien le pays, il perdit son chemin et arriva dans le bois, non loin du lieu où étaient Gérismond et son frère Rosader. Épuisé de fatigue, il découvrit, au fond d’un hallier, une petite grotte où il s’affaissa dans le plus profond sommeil. Comme il était ainsi couché, un lion affamé passa sur la lisière du fourré, cherchant sa proie : ayant aperçu Saladin, il mit la patte sur lui, mais, voyant qu’il ne bougeait pas, il la retira, car le lion a horreur de se nourrir de cadavres ; mais, désirant trouver sa pâture, il se mit à l’affût pour voir s’il remuerait. Tandis que Saladin dormait ainsi en pleine sécurité, la fortune voulut que Rosader, poursuivant à travers ce hallier un cerf qu’il avait légèrement blessé, arrivât en grande hâte, son épieu à la main. Il aperçut l’homme endormi et le lion tout près de lui : tandis qu’il