Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/495

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Aliéna et Ganimède en la possession des vainqueurs.

Tandis que Ganimède pansait la blessure du veneur, Aliéna, revenue de sa frayeur, regarda le galant champion qui leur avait si intrépidement porté secours ; prise pour lui d’une vive sympathie, elle commença à admirer complaisamment tous ses dehors et à louer en elle-même sa personne et sa vaillance. Enfin reprenant ses esprits : — Gentil sire, lui dit-elle, pour rançon de notre salut, il faut que vous vous contentiez d’accepter l’affectueux remerciement d’une pauvre bergère qui promet de ne jamais être ingrate.

— Jolie bergère, répondit Saladin, je regarde votre affectueux remerciement comme la plus précieuse récompense.

Comme il parlait ainsi, Ganimède le considéra attentivement et s’écria : — Vraiment, Rosader, ce gentilhomme vous ressemble beaucoup par les traits du visage.

— Cela n’a rien d’étonnant, gentil pâtre, c’est mon frère aîné.

— Votre frère, répartit Aliéna, cette parenté ne le rend que plus agréable, et je me reconnais d’autant plus volontiers sa débitrice, après le service signalé qu’il m’a rendu. S’il veut bien me faire cet honneur, je l’appellerai mon serviteur et il m’appellera sa maîtresse.

— Avec plaisir, chère maîtresse, dit Saladin, et, si jamais je néglige devons appeler ainsi, c’est que je me serai oublié moi-même.

Sur ce, Rosader, soutenu par son frère, s’en retourna à sa cabane. De leur côté, Ganimède et Aliéna rentrèrent chez elles après avoir parqué leurs brebis. Là elles soupèrent avec le vieux Coridon qui, le repas fini, leur raconta longuement comme quoi Montanus ne pouvait obtenir aucune faveur de Phébé et restait toujours le plus désespéré des amoureux transis.