Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/496

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— Je voudrais voir cette Phébé, dit Aliéna. Est-elle donc si jolie qu’elle ne croie aucun berger digne de sa beauté, ou si acariâtre que ni amour ni dévouement ne puisse la satisfaire, ou si prude qu’elle veuille être toujours priée, ou si follement vaniteuse qu’elle oublie qu’il faut faire une large récolte pour obtenir un peu de blé !

— Je ne saurais distinguer entre des qualités si subtiles, répondit Coridon. Mais ce dont je suis sûr, c’est que, si toutes les filles étaient de son sentiment, le monde tomberait dans l’extravagance ; il y aurait quantité de galanterie et peu d’épousailles, beaucoup de mots et peu de dévouement, beaucoup de folie et pas de foi.

À cette grave remarque de Coridon, si solennellement débitée. Aliéna sourit, et, comme il se faisait tard, elle et son page allèrent se coucher. Aussitôt que Phébus eut quitté le lit de son Aurore, Aliéna se leva et réveilla Ganimède ; puis toutes deux s’en allèrent aux champs. Après avoir déparqué leurs troupeaux, elles s’assirent sous un olivier ; et tandis qu’elles rêvaient à leurs amours, elles aperçurent Coridon qui accourait vers elles essoufflé.

— Quelle est donc la nouvelle, dit Aliéna, qui vous fait venir avec tant de hâte ?

— Oh ! madame, répondit Coridon, vous avez longtemps désiré voir Phébé, la jolie bergère dont Montanus est épris. Eh bien, si vous voulez, vous et Ganimède, aller jusqu’au bouquet d’arbres là-bas, vous verrez Montanus et elle assis près d’une fontaine, lui, la courtisant en madrigaux champêtres, elle, aussi insensible que si elle n’avait pour l’amour que du dédain.

Cette nouvelle fut tellement agréable aux deux amoureuses, qu’aussitôt elles se levèrent et partirent avec Coridon. Dès qu’elles approchèrent du taillis, elles aperçurent, assise sur le gazon, Phébé, la plus jolie bergère de