Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/504

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le dévouement de Montanus : car, si tu peux trouver un amant plus riche, tu n’en trouveras pas un plus loyal.

— Eh quoi, balbutia Phébé en sanglotant, n’obtiendrai-je de Ganimède d’autre remède que l’incertitude, d’autre espoir qu’un hasard douteux ? Les dieux ont pesé ma destinée à leur juste balance, puisque, cruelle pour Montanus, j’ai trouvé Ganimède aussi inexorable pour moi-même.

— Je suis bien aise, dit Ganimède, que vous voyiez vos propres fautes, en mesurant à votre propre passion les souffrances de Montanus.

— C’est vrai, répliqua Phébé, et je me repens si profondément de ma dureté pour le berger que, si je pouvais cesser d’adorer Ganimède, je voudrais aimer Montanus.

— Quoi ! si je pouvais par la raison persuader à Phébé de ne plus aimer Ganimède, elle consentirait à prendre en goût Montanus ?

— Du jour où la raison, dit Phébé, éteindra l’amour que j’ai pour toi, je consens à le prendre en gré, à cette condition que, si la raison ne peut détruire mon amour comme étant sans raison, Ganimède consente à épouser Phébé.

— C’est convenu, jolie bergère, dit Ganimède ; et, pour te nourrir des douceurs de l’espérance, voici ma résolution : je n’épouserai jamais une femme, si ce n’est toi.

Sur ce, Ganimède prit congé de Phébé et partit, laissant la bergère satisfaite et Montanus enchanté. En arrivant dans la prairie, elle aperçut Rosader et Saladin assis à l’ombre avec Aliéna ; et la vue de son amoureux fut un tel cordial pour son cœur qu’elle bondit sur la pelouse, pleine de joie. Coridon, qui était avec eux, aperçut Ganimède, se leva aussitôt et courut à sa rencontre en criant : Eh ! l’ami ! une noce ! une noce ! notre maîtresse se marie dimanche !