Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/305

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ton père, maudite souillon ! — Oh ! brûlez-la, brûlez-la. La hart est trop bonne pour elle.

Il sort.



YORK.

— Emmenez-la ; car elle a trop longtemps vécu — pour remplir le monde de ses vices.


LA PUCELLE.

— Laissez-moi vous dire d’abord qui vous condamnez. — Je ne suis pas la fille d’un pâtre grossier, — je suis issue d’une race de rois, — vertueuse et sainte, élue d’en haut, — par une inspiration de la grâce céleste, — pour accomplir sur terre des miracles transcendants. Jamais je n’ai eu affaire aux mauvais esprits ; — mais vous qui êtes pollués par la débauche, — souillés du sang irréprochable des innocents, — corrompus et tarés par mille vices, — parce que vous n’avez pas la grâce que d’autres ont, — vous croyez chose parfaitement impossible — d’opérer des miracles autrement que par le secours des démons. — Non ! vous vous méprenez ! Jeanne d’Arc est restée — vierge depuis sa tendre enfance, — chaste et immaculée même en pensée ; — et son sang virginal, si rigoureusement répandu, — criera vengeance aux portes du ciel.


YORK.

— Oui, oui !… qu’on l’emmène à l’exécution.


WARWICK, aux exécuteurs.

— Et écoutez, mes maîtres ; sous prétexte qu’elle est vierge, — n’épargnez pas les fagots ; qu’il y en ait raisonnablement ; — placez des barils de poix contre le fatal poteau, — afin d’abréger ses tortures.


LA PUCELLE.

— Rien ne touchera donc vos cœurs inexorables ! — Eh bien, Jeanne, révèle ta faiblesse, — qui t’assure le privilége de la loi. — Je suis grosse, sanguinaires homicides ; — si