Page:Shakespeare - Un songe de nuit d’été, trad. Spaak, 1919.djvu/41

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OBÉRON

Pourquoi Titania nargue-t-elle Obéron ?
Car il suffit qu’elle me cède
L’enfant volé qu’elle possède,
Et nous nous réconcilierons !


TITANIA

Calme ton cœur ! Plutôt que de céder l’enfant
Je donnerais tout mon royaume !
C’est ma pitié qui le défend :
Sa mère était l’une des nôtres ;
Et souvent, par ces soirs où l’Inde entière embaume,
Nous nous assîmes, loin des autres,
Sur le sable rougi par le soleil couchant,
Pour regarder voguer les navires marchands.
Lorsque nous avions ri des voiles engrossées
Par le souffle fécond des vents,
Elle les imitait, gentiment balancée,
En poussant en avant
Son ventre où s’éveillait déjà mon petit page ;
Puis, vaguant sur la plage,
Elle allait ramasser mille beaux petits riens
Et me les rapportait, comme lorsqu’on revient
D’un long voyage !…
Mais son fils, en naissant, rompit ses jours légers,
Car, hélas, elle était mortelle !…
Et, depuis, c’est pour l’amour d’elle
Que j’en ai fait mon protégé.


OBÉRON

Combien de temps vas-tu demeurer dans ces bois ?


TITANIA

Peut-être jusqu’au jour des noces de Thésée.
Si ton humeur, parfois,