Page:Shakespeare - Un songe de nuit d’été, trad. Spaak, 1919.djvu/79

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HERMIA

C’est impossible !… Non, Lysandre, vous rêvez !…


HÉLÈNE

Elle en est donc aussi du complot outrageux !
Pour me mystifier, ils se prêtent main-forte !
Impudente Hermia ! Fille ingrate ! Serpent !
Vous vous associez aux jeux
Discourtois et cruels
De ces deux hommes
Courageux,
Pour rire à mes dépens !
Et voilà donc où nous en sommes,
Après un amour mutuel,
Des serments d’être sœurs, des secrets échangés,
Des entretiens continuels
Que, n’était l’heure qui s’envole,
Nous eussions toujours prolongés !
Qu’est devenue, hélas, notre amitié d’école ?
Avez-vous oublié, qu’adroites jeunes filles,
Assises toutes deux sur le même coussin,
Nous brodâmes souvent de nos fines aiguilles
Les roses d’un même dessin ?
Et n’entendez-vous plus la parfaite harmonie
Des chansons que nous fredonnâmes
Comme si nos voix et nos âmes
Étaient également unies ?…
[Nous paraissions ainsi deux cerises jumelles,
Deux fruits charmants montés sur une tige unique,
Qu’un lien rattachait l’une à l’autre, comme elles ;
Deux corps, mais un seul cœur ; deux blasons héraldiques
Couronnés d’un même cimier !]
Or, rompant tout à coup ce bonheur coutumier,