Page:Siefert - Les Stoïques, 1870.djvu/9

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Nous montraient cette tombe où le temps nous entraîne,
     Où l'éternité nous reprend. —

Ainsi, comme le but de la route suivie,
Comme le dernier mot des leçons de ta vie,
Tu nous laissais le saint exemple de ta mort.
Jamais tu n’avais eu dans ta jeunesse fière
Plus de grandeur, d’amour, de joie & de lumière
Qu’à cet instant sublime en ce suprême effort.
Comme si des rayons sortaient de tes paroles,
Jamais nous n’avions vu de telles auréoles
Détacher ton front blanc sur le fond noir des nuits ;
Et jamais, accablés sous une épreuve telle,
Nous n’avions mieux senti l’espérance immortelle
     Naître pour nous des jours enfuis.

C’est alors cependant que tu t’es souvenue,
Et que, pressant ma main dans ta main retenue,
T’efforçant de sourire & de me regarder,
Tu m’as dit : « Donne-moi dans ton livre une place ;
Je ne le verrai pas, car il reste & je passe,
Et mon deuil va peut-être encor le retarder ;
Mais pourtant j’aimerais, même au bord de la tombe,
Même à l’heure où pour moi tout s’efface & retombe,