Page:Siefert - Rayons perdus.djvu/11

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De cette enfant aussi veut que je désespère…
Jamais on ne dira de moi : C’est une mère.

Antigone, il est vrai, va mourir ; mais n’est-ce point une mort aussi que ce détachement violent d’un espoir, ou d’une chimère ? Qui n’a pas été un peu Werther à vingt ans ? Ces renoncements, ces dégoûts de la vie, sont-ils autre chose que la suprême révolte d’une âme ignorante du mal & désenchantée, qui ne veut pas se rendre à la réalité sans combats, et navrée de survivre à son rêve ?

La sincérité, voilà donc, selon moi, le premier motif de la sympathie qui a accueilli le début de ma demoiselle Siefert. N’est-il pas vrai que plus le poëte est « personnel » & plus il intéresse ? Le cœur de l’homme sera toujours pour l’homme le sujet préféré, & quand ce cœur est le cœur d’une femme, l’intérêt, par l’attrait du mystère, s’augmente d’une curiosité qui l’avive & d’une pitié qui l’attendrit.

Le second mérite du livre est dans la fermeté du langage. On n’y trouve rien de ce vague, de ces équivoques, de ces obscurités dont ordinairement les femmes emmaillottent leur style, peut-être par habitude du voile, du masque et du vêtement flottant. Mademoiselle Siefert parle une langue claire, agile, précise. Je ne nierai pas qu’il ne s’y rencontre parfois de la négligence, & même de l’incorrection. Ces incorrections, je les déplore ; mais j’ai confiance dans l’avenir qui les redressera. Un esprit aussi énergique & aussi droit