Page:Siefert - Rayons perdus.djvu/187

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Et calculent tout bas combien de lèvres roses
Ils ont entendu rire ainsi.

Ah ! le temps s’en va vite en son cours monotone !
Voici bientôt venir le cinquantième automne,
Le jour anniversaire où jadis ces époux
Se sont promis de vivre & de mourir ensemble.
Elle était svelte alors ainsi qu’un jeune tremble,
Lui rieur, éloquent, à la fois fier & doux.
Ils sont seuls maintenant à se donner encore
Les noms de leur jeunesse (ô vieux reflet d’aurore !),
À se remémorer les faits des temps passés,
Disant : « T’en souvient-il ? » ou bien : « Je me rappelle… »
Car tous ceux qu’ils aimaient & que leur voix appelle
Se sont peu à peu dispersés.

Hélas ! & chaque ride à leur tempe imprimée
Est comme le tombeau d’une mémoire aimée.
Mères, parents, amis, par la mort emportés,
Sont tombés autour d’eux. Comme aux forêts prochaines
Reste parfois debout un seul groupe de chênes
Surgissant au milieu des troncs décapités,
Ou bien comme l’on voit au soir d’une bataille
Deux compagnons, portant au sein plus d’une entaille,