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L’ÉCRIN DISPARU

oublié Dieu. L’âme navrée de chagrin par ce deuil domestique que la pompe des funérailles fut impuissante à adoucir, le cœur abreuvé d’amertume par les cruelles révélations qui lui avaient été faites, le « cher Maître » des beaux jours, paraissait ployer sous le fardeau.

Quinze jours durant, il eut le courage de porter seul le poids du secret ; mais vaincu enfin, il céda, se décidant à parler, sans avoir compris comment l’homme vil, qu’il avait rencontré, avait pu pénétrer un mystère qu’il croyait ignoré de tous. Un matin, Hippolyte à son bureau, travaillait comme de coutume. Il leva la tête en entendant la porte s’ouvrir. À peine entré, monsieur Gitaldi lui cria :

— Vous êtes Rodolphe Raimbaud ?

D’un bond, le jeune homme fut debout, abassourdi, consterné, anéanti ; il se serait attendu à tout sauf à cela…

S’approchant doucement, monsieur Giraldi appuya la main sur l’épaule de son Secrétaire pour le faire asseoir ; puis avançant lui-même son siège, lui dit amicalement : causons.

— Vous êtes Rodolphe Raimbaud !… pourquoi ne me l’avoir pas dit ?… Voilà neuf ans que je vous cherche mon enfant !… Tout ce qu’on pouvait faire pour vous retrouver, je l’ai fait. Et dire que depuis six mois, j’avais sous les yeux, celui que je souhaitais tant revoir, que je croyais mort ou perdu à jamais dans des lieux inconnus.

Il fit une courte pause et reprît :

— Pourtant, il y a bien des choses en vous, qui auraient dû me rappeler l’enfant que j’ai connu : votre prompte familiarité avec les lieux, les usages, le public de Montréal etc… Mais cette barbe qui vous rend méconnaissable et cet accent singulier… Non, je ne pouvais deviner.

Encore tout ahuri, le jeune homme écoutait silencieux concentrant ses forces pour la lutte qu’il pressentait, et à la pensée, lui revenait cette parole de l’Aumônier : « C’est surtout contre lui-même, qu’il faut le défendre. »

— Je comprends, dit le Maître pourquoi vous avez changé de nom. Ah ! je me souviens encore… puis en détail, il refit l’histoire de la scène tragique, de la disparition de l’écrin, puis enfin de sa découverte.

Alors, sur un mouvement du jeune homme qui voulait parler, instinctivement, pour empêcher l’irréparable :

— Attendez mon ami. Je devine ce que vous allez me dire : cet homme était un misérable, n’est-ce pas ?… savoir qu’il