Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, I.djvu/406

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


point, pourquoi le prix réel de ces manufactures, tant de gros que de fin, était si haut dans ces anciens temps, en proportion de ce qu’il est aujourd’hui. Il en coûtait une bien plus grande quantité de travail pour mettre la marchandise au marché ; aussi, quand elle y était venue, il fallait bien qu’elle achetât ou qu’elle obtînt en échange le prix d’une plus grande quantité de travail.

Il est vraisemblable qu’à cette époque les fabriques grossières étaient établies, en Angleterre, sur le même pied où elles l’ont toujours été dans les pays où les arts et les manufactures sont dans l’enfance. C’était probablement une fabrique de ménage où, dans presque chaque famille particulière, tous les différents membres de la famille exécutaient au besoin chacune des différentes parties de l’ouvrage, mais de manière qu’ils n’y travaillaient que quand ils n’avaient pas autre chose à faire, et que ce n’était pour aucun d’eux la principale occupation dont il tirât la plus grande partie de sa subsistance. Il a déjà été observé[1] que l’ouvrage qui se fait de cette manière est toujours mis en vente à meilleur marché que celui qui fait le fonds unique ou principal de la subsistance de l’ouvrier. D’un autre côté, les fines fabriques n’étaient pas alors établies en Angleterre, mais dans le pays riche et commerçant de la Flandre, et vraisemblablement elles étaient alors servies, comme elles le sont aujourd’hui, par des gens qui en tiraient toute ou la principale partie de leur subsistance. C’étaient, d’ailleurs, des fabriques étrangères et assujetties à quelques droits envers le roi, au moins à l’ancien droit de tonnage et de pondage[2]. Ce droit, il est vrai, n’était probablement pas très-fort. La politique de l’Europe ne consistait pas alors à gêner, par de forts droits, l’importation des marchandises étrangères, mais plutôt à l’encourager, afin que les marchands se trouvassent plus en état de fournir aux grands, au meilleur compte possible, les objets de luxe et de commodité qu’ils désiraient et que l’industrie de leur propre pays ne pouvait leur fournir.

Ces circonstances peuvent nous expliquer peut-être, jusqu’à un certain point, pourquoi, dans ces anciens temps, le prix réel des fabriques grossières était, relativement à celui des fabriques fines, beaucoup plus bas qu’il ne l’est aujourd’hui[3].

  1. Chap. x, section 1re.
  2. Voyez l’application de ces mots liv. V, chap. ii, art. 4 de la 2e section.
  3. Le docteur Smith n’a fait aucune allusion, ni dans ce chapitre ni ailleurs, à l’industrie du coton. Au temps où il écrivait, elle n’avait qu’un très-faible développement, et personne n’aurait pu prévoir les merveilleux progrès qu’elle a faits depuis. C’est maintenant une industrie d’une importance immense et sans égale, et on peut affirmer avec raison que ses progrès dans la Grande-Bretagne depuis 1770, et le grand développement qu’elle a atteint aujourd’hui, forment sans aucun doute le phénomène le plus extraordinaire que présente l’histoire de l’industrie. M. Baines, de Leeds, a publié un livre intéressant et bien fait sur l’histoire et la situation de l’industrie du coton. Mac Culloch.