Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/349

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On a déjà observé que la branche la plus étendue et la plus importante du com­merce d’une nation était le commerce établi entre les habitants de la ville et ceux de la campagne. Les habitants de la ville tirent de la campagne le produit brut qui constitue à la fois la matière première de leur travail et le fonds de leur subsistance, et ils payent ce produit brut en renvoyant à la campagne une certaine portion de ce produit, manufacturée et préparée pour servir immédiatement à la consommation et à l’usage. Le commerce qui s’établit entre ces deux différentes classes du peuple consiste, en dernier résultat, dans l’échange d’une certaine quantité de produit brut contre une cer­taine quantité de produit manufacturé. Par conséquent, plus celui-ci est cher, plus l’autre sera à bon marché ; et tout ce qui tend, dans un pays, à élever le produit du prix manufacturé, tend à abaisser celui du produit brut de la terre et, par là, à décourager l’agriculture. Plus sera petite la quantité de produit manufacturé qu’une quantité donnée de produit brut (ou, ce qui revient au même, le prix d’une quantité donnée de produit brut), sera en état d’acheter, plus sera petite la valeur échangeable de cette quantité donnée de produit brut, et moins alors le propriétaire se sentira encouragé à augmenter la quantité de ce produit par des améliorations sur la terre, ou le fermier par une culture plus soignée. D’ailleurs, tout ce qui tend à diminuer dans un pays le nombre des artisans et des manufacturiers, tend à diminuer le marché intérieur le plus important de tous les marchés pour le produit brut de la terre, et tend par là à décou­rager encore l’agriculture.

Par conséquent, ces systèmes, qui, donnant à l’agriculture la préférence sur tous les autres emplois, cherchent à la favoriser en imposant des gênes aux manufactures et au commerce étranger, agissent contre le but même qu’ils se proposent et décou­ragent indirectement l’espèce même d’industrie qu’ils prétendent encourager. À cet égard, peut-être, ils sont encore plus inconséquents que le système mercantile lui-même. Celui-ci, en encourageant les manufactures et le commerce étranger de préfé­rence à l’agriculture, empêche une certaine portion du capital de la société d’aller au soutien d’une espèce d’industrie plus avantageuse, pour porter ce capital au soutien d’une autre qui ne l’est pas autant ; mais au moins encourage-t-il réellement, en dernier résultat, l’espèce d’industrie dont il a intention de favoriser les progrès, tandis qu’au contraire ces systèmes agricoles finissent réellement par jeter un véritable décou­ragement sur leur espèce favorite d’industrie.