Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/392

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coup moins de frais, que ne peuvent le faire les préposés, ceux-ci n’ayant pas d’autres ouvriers à employer que des gens qui tirent de leurs salaires toute leur subsistance. On a prétendu qu’à ce moyen, sans mettre aucune nouvelle charge sur le peuple, on gagnerait un revenu de peut-être un demi-million[1], en sorte que les barrières se trouveraient contribuer à la dépense générale de l’État, de la même manière que le fait maintenant la poste aux lettres.

Je ne doute pas qu’on puisse gagner par ce moyen un revenu considérable, quoique vraisemblablement pas à beaucoup près autant que l’ont supposé les auteurs de ce projet ; toutefois, ce plan en lui-même est susceptible de plusieurs objections très-importantes.

Premièrement, si les droits qui se perçoivent aux barrières pouvaient jamais être regardés comme une des ressources propres à fournir aux besoins de l’État, certainement ils viendraient à être augmentés à mesure que ces besoins seraient supposés l’exiger. Ainsi, d’après la politique adoptée en Angleterre, ils seraient vraisemblablement augmentés avec promptitude ; la facilité avec laquelle on pourrait en retirer un grand revenu encouragerait probablement l’administration à user très-fréquemment de cette ressource. S’il est peut-être plus que douteux qu’avec toute l’économie imaginable on puisse venir à bout d’épargner un demi-million sur ces droits, tels qu’ils sont, au moins ne pourrait-on guère douter que, s’ils étaient doublés, on pourrait fort bien épargner un million sur ce produit, et peut-être deux si les droits étaient triplés[2]. De plus, ce grand revenu pourrait être levé sans qu’il fût besoin de commettre un seul employé de plus pour la perception. Mais les droits de barrières étant, dans ce but, continuellement augmentés, au lieu de faciliter le commerce intérieur du pays, comme à présent, ils deviendraient bientôt pour lui une charge très-onéreuse. La dépense de transporter d’un endroit du royaume à l’autre des marchandises pesantes, serait bientôt tellement augmentée, par conséquent le mar-

  1. Depuis la publication des deux premières éditions de cet ouvrage, j’ai eu de fortes raisons de croire que la totalité des droits de barrière perçus en Grande-Bretagne ne produit pas un revenu net d’un demi-million, somme qui, sous la régie du gouvernement, ne suffirait pas pour tenir en bon état cinq des principales routes du royaume. (Note de l’auteur).

  2. J’ai maintenant de bonnes raisons de croire que toutes ces sommes conjecturales sont beaucoup trop fortes. (Note de l’auteur).