Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/334

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répondu ; êtes-vous folle ? Ne vous souvenez-vous plus des souhaits que vous avez faits si souvent ? Oui-da, ma bonne amie, a-t-elle répondu, mais que diroient les gens, si je ne pleurois point, puisque c’est la coutume de pleurer ? Pour moi, je m’en acquitte fort bien quand je veux, encore que j’aie tout sujet de rire ; je n’ai que faire de tenir des oignons dans un mouchoir, et de les approcher de mes yeux ; je ne désire point de louer des pleureurs, comme on fait aux bonnes villes. Après cela, ses larmes ont cessé de couler, s’il est ainsi qu’elle en ait jeté. Ma foi, il a bien fait de mourir, a-t-elle dit alors ; car je l’eusse fait bientôt ajourner pour ce faire, vu qu’il m’avoit donné promesse dès longtemps de déloger d’ici ; je m’imagine qu’il y eût été condamné, si nos juges sont équitables. Ne suis-je pas heureuse maintenant, tout ce qui est céans est à moi ? Il m’a donné tout, par son contrat de mariage. Je l’ai bien gagné, par saint Jean ! pour le mal que j’ai eu avec lui. Toute la nuit il demeuroit près de moi immobile comme une souche ; il y avoit une partie en son corps qui, à ce que je pense, étoit entièrement morte, et avoit été frappée du foudre. Consolez-vous donc, lui a reparti sa compagne, voilà votre ami qui vous rendra désormais la plus contente du monde. Là-dessus, parce que tous les rideaux de ce lit-ci étoient tirés, et que l’on ne me pouvoit voir, j’ai un peu haussé la tête par une petite ouverture qui étoit aux pieds ; j’ai vu que le galant embrassoit ma femme, et la baisoit. L’effort que je faisois en m’étendant ainsi a donné la sortie à un furieux pet, qui les a tous étonnés. Mon Dieu ! il n’est pas mort, ç’a dit ma femme, le voilà qui pette. Vous êtes bien sotte, a répondu sa commère ; pensez-vous que les personnes mortes ne puissent peter ? les choses qui n’ont jamais eu d’âme pettent bien ; ne sort-il pas toujours quelque bruit de tout ce qui s’éclate tant soit peu ? possible est-ce quelqu’un de ses os qui s’est disjoint, ou bien c’étoit un vent qui étoit encore dans son corps, et, ne trouvant pas le conduit tout ouvert, n’a pu sortir qu’avec violence. D’ailleurs, nous avons aussi sujet de croire que son corps, étant pesant comme il est, a fait craqueter cette couchette, qui est de bois fort tendre. Ah ! ce vilain, disoit ma femme, c’étoit toute sa délectation que de peter durant sa vie ; pensez-vous qu’il s’y plaît encore après sa mort ? Il avoit le vent à commande-