Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/361

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Leur entretien eût été plus long là-dessus, si Valère, qui demeuroit en un autre logis, ne fût venu au même instant voir sa maîtresse. Alors Francion prit congé d’elle, n’ayant plus moyen de l’entretenir librement. Valère, qui ne sçavoit pas qu’elle n’étoit venue en France que pour faire un serviteur, poursuivoit les soumissions qu’il avoit accoutumé de lui rendre. Mais, bien que celui qui l’avoit captivée fût mort, elle ne donna pas son affection à celui-ci : l’inclination qu’elle avoit à chérir les François n’étoit point passée ; elle avoit trouvé des charmes en Francion qui n’étoient pas moins capables de l’enchanter que ceux du portrait de Floriandre et du récit de son mérite. J’ai été bien sotte jusqu’ici d’aimer une peinture, disoit-elle en elle-même. Par aventure eussé-je trouvé que celui que j’adorois sans l’avoir vu en effet avoit beaucoup moins de perfections que l’on ne lui en attribuoit. Maintenant, je ne puis plus être trompée : je vois devant mes yeux sans obstacle un objet digne d’admiration. C’est un seigneur de marque, rempli de bonne mine et pourvu d’un bel esprit ; et, qui plus est, échauffé pour moi, selon mon avis, d’une affection excessive ; de façon que je n’aurai point de peine à le gagner, comme j’eusse eu à Floriandre.

Cependant que Nays avoit de telles pensées, Francion en avoit d’autres qui ne tendoient toutes qu’à l’aimer éternellement, comme la plus parfaite dame dont il avoit jamais eu connoissance. Le lendemain, il rencontra l’occasion d’aller à la promenade avec elle, et la mena par-dessous le bras, tandis que Valère menoit une damoiselle françoise qui s’étoit trouvée là.

Francion résolut de s’aider de la connoissance qu’il avoit de Dorini, et conta à Nays le don qu’il lui avoit fait de son portrait, après la mort de Floriandre, jugeant qu’il n’y avoit personne à qui il le pût bailler si justement qu’à lui, qui étoit l’homme le plus capable de l’aimer qui fût au monde ; puis il lui demanda, avec des paroles arrangées suivant la plus grande politesse de la cour, si elle ne s’accorderoit pas à la fin à lui faire un autre présent plus précieux, qui étoit de lui donner ses bonnes grâces. Monsieur, dit naïvement Nays, je reconnois clairement que vous êtes d’une humeur si mauvaise, qu’il est fort malaisé de vous rendre satisfait. Quand vous ne vous contentez pas de mon portrait, qu’on vous a