Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/505

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tures et des grimaces bien plaisantes, avoit presque envie d’en rire malgré son malheur. Le magistrat qui étoit présent n’étoit pas des plus gros de la ville, de sorte que l’on ne lui portoit pas tant de respect. Il fit taire pourtant ce causeur pour la seconde fois, et enfin, comme il étoit heure de dîner, il dit que l’on parleroit de cette affaire en un autre temps plus commode, et il congédia la compagnie, se faisant garde de la personne de Francion, auquel il voulut alors donner son logis pour prison, en attendant que son procès fût plus avancé. Il dit au dénonciateur qu’il falloit mettre son accusation en bonne forme et ne pas tergiverser comme il faisoit quelquefois, alléguant plusieurs choses qu’il auroit bien de la peine de prouver, et qu’il valoit mieux n’en soutenir qu’une, pourvu qu’elle fût d’importance. Il eut soin, après, de faire donner une chambre à Francion, et même l’on lui apporta aussitôt de quoi manger. Pour lui, il s’étonnoit merveilleusement d’être tombé en un tel malheur : il croyoit quelquefois que l’on le prenoit pour un autre qui avoit fait toutes les fourbes que l’on lui attribuoit, parce qu’il portoit, possible, le même nom, ou qu’il lui ressembloit de visage ; mais les pièces fausses que l’on avoit mises dans sa pochette lui faisoient connoître aussi, quand il y songeoit, que ce n’étoit pas que l’on se fût mépris, mais plutôt que l’on avoit un dessein formé de le calomnier injustement pour le détruire. En tout cas, il se fioit en son innocence, que l’on pourroit connoître visiblement lorsque son affaire seroit mûrement examinée : il avoit aussi une ferme espérance au secours de tous les François qui étoient à Rome, dont il étoit aimé et chéri merveilleusement.

Il ne se trompoit point, en effet, de s’attendre à eux, car, sitôt que Raymond eût publié partout que l’on l’avoit arrêté prisonnier, ils se mirent fort en peine pour en sçavoir le sujet et le délivrer s’il leur étoit possible. Les laquais de Raymond avoient suivi les sbires qui l’emmenoient, et avoient remarqué la maison où l’on l’avoit fait entrer. Pour ce qui étoit des siens, ils ne s’étoient pas trouvés à sa suite lorsqu’il étoit entré en la boutique du parfumeur, s’étant amusés à friponner quelque part. L’on se contentoit de sçavoir où l’on l’avoit mis, mais l’on envoya encore des espions dans cette rue pour n’en bouger, afin de voir si l’on ne lui