Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/514

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et les frotter de miel l’exposant au soleil, et l’enfermer dans un tonneau garni de pointes de clous, pour le jeter du haut en bas d’une montagne, comme les Carthaginois firent à Régulus ; et que tout ce que les tyrans mêmes avoient inventé étoit peu de chose. Alors, se tournant vers Raymond, il lui dit : Voulez-vous que j’aille chercher quelques livres d’antiquités, afin d’y voir les plus horribles supplices dont les sauvages nations se soient servies, afin que nous tâchions de les pratiquer. Raymond ne se put tenir de rire d’une telle naïveté, et il lui dit qu’il n’étoit pas besoin de prendre tant de peine. Corsègue, voyant que l’on rioit autour de lui, en eut une meilleure espérance ; de sorte que, nonobstant toutes les menaces que l’on lui fit après, il ne voulut rien dire autre chose que ce qu’il avoit déjà dit ; mais la pelle commençoit de rougir, et l’on lui déchaussoit déjà ses souliers, lorsque Audebert dit : Donnons-lui un trait de corde avant que de lui brûler la plante des pieds. Il avoit trouvé une corde dont il l’entoura par-dessous les aisselles, et puis il l’attacha fermement à deux crampons qui tenoient dans la muraille au-dessous des fenêtres, et qui servoient à y mettre des barres ; après il lui attacha un bout de corde à chaque pied, et ils se mirent tous à le tirer de toute leur force, ce qui lui fit assez de mal ; mais pourtant il persistoit dedans son opiniâtreté. Raymond dit que c’étoit que l’on ne le traitoit pas assez rudement, et qu’ils n’avoient point les instrumens tout prêts pour le gêner ; mais qu’il falloit lui chauffer les pieds. L’on lui ôta donc ses bas de chausses, et l’on tira du feu la pelle qui étoit toute rouge. Il vit bien alors que c’étoit tout à bon, tellement qu’il crut qu’il seroit un sot, s’il se laissoit ainsi martyriser faute de découvrir la vérité. Il dit donc que c’étoit à ce coup qu’il alloit déclarer tout ce qu’il avoit sur sa conscience. Tu ne t’en sçaurois plus dédire, repartit Raymond ; car voilà que tu avoues que ce que tu nous as dit jusqu’à cette heure est faux ou de peu d’importance, et que tu as bien d’autres secrets à révéler. Il ne faut plus que tu penses nous faire accroire que nous devons déjà être satisfaits. Je vous dirai tout, ajouta-t-il, et plus que vous n’espérez. Commence, dit Audebert ; nous permettons que tu te mettes à ton aise, pour raconter tout ce que tu voudras. Mais me promettez-vous de me pardonner, dit-il alors, et ne me fera-t-on rien