Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/529

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que ce méchant lui avoit dit en s’en allant que tout ce qu’il en avoit fait n’étoit que par plaisir, et qu’il ne m’avoit enfermé ni ne s’étoit joué avec elle que pour éprouver ce que j’en dirois et se moquer de ma jalousie. Elle étoit si simple que de croire cela, mais je n’ai garde d’avoir cette imagination, sçachant que la méchanceté du François a été très-manifeste. Depuis je n’ai sçu trouver aucune occasion plus propre, pour en faire ma plainte, que celle-ci ; et je demande réparation d’honneur contre ce traître, et qu’il soit puni corporellement.

Cet homme ne racontoit pas son histoire si bas qu’il n’y eût quelque autre que le juge qui l’entendît ; si bien que la nouvelle en alloit de l’un à l’autre, et chacun sçut incontinent son infortune. Tout ce qu’il avoit dit de Raymond étoit vrai ; mais pourtant il lui ouvrit le chemin de s’excuser, car il persista dans la déclaration que la femme avoit faite. Il dit qu’il ne l’avoit point déshonorée et que tout ce qu’il avoit fait n’étoit qu’une galanterie pour passer le temps, sans avoir aucune mauvaise intention. Lucio, qui avoit ouï parlé plusieurs fois de la femme de cet homme, qui le faisoit souvent cocu, encore qu’il ne le pensât point être, ne voulut point que cela passât plus avant, et lui dit qu’il devoit être satisfait de ce que Raymond lui disoit. Mais il protestoit du contraire avec grande opiniâtreté ; tellement que le juge lui dit qu’il avoit tort de vouloir à toute force que sa femme eût été déshonorée, encore que l’on lui déclarât que cela n’avoit point été. Il fut donc contraint de se taire, mais pourtant chacun se doutoit de la vérité, et l’on se préparoit d’en faire de bons contes à son infamie. À n’en point mentir, quoique Raymond fût fort hardi, si est-ce qu’il devenoit un peu honteux de ce que ses amours avoient été publiées devant un juge sévère et devant tant d’autres personnes ; mais, pour perdre le souvenir de cela, il s’en alla aborder Francion et lui parla de son affaire, lui disant qu’il avoit si bien fait qu’il avoit découvert les fourbes de ses rivaux, et qu’il croyoit que, lorsque Nays en seroit avertie, elle pourroit modérer son courroux. Et alors, s’adressant à Dorini, il lui dit qu’il pouvoit remontrer à sa cousine que, si Lucinde et Émilie avoient été la trouver pour lui faire croire qu’il lui manquoit de foi, c’étoit une entreprise où elles avoient été portées par les artifices d’Ergaste, qui