Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/6

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pas été fait pour les personnes qui veulent vivre dans une retraite religieuse, et qui n’ont aucun besoin de sçavoir ces choses, mais que cela est pour ceux qui, ayant à demeurer dans le monde, ont besoin de sçavoir ce qui s’y fait, afin de se déniaiser[1]… » Chacune de ces lignes est une révélation ; on sent, nonobstant certaines réserves, que Sorel combat pro domo sua. Avec quelle complaisance il s’étend sur les « soixante impressions de Paris, de Rouen, de Troyes et d’autres lieux, » et sur les traductions « en anglois, en allemand et en quelques autres langues ! » Sorel ne se contente plus, comme tout à l’heure, de faire une apologie timide de Francion ; il va droit aux passages les plus scabreux et prend en main leur défense. Ses arguments le trahissent d’une façon péremptoire : ils sont les mêmes que ceux du lambeau de sermon que nous avons cité.

Cette question de paternité est d’ailleurs formellement tranchée par Gui Patin[2], qui raconte, à la date du 14 juin 1657, qu’il a trouvé chez un malade « M. Sorel, l’auteur du Francion[3], du Berger extravagant et de plusieurs autres bons livres. » Ce n’est pas là une attribution faite à la légère, sur la foi d’un bruit, mais en pleine connaissance de cause ; car le spirituel médecin était à peu près la seule personne qui reçût les confidences de l’historiographe. « Il est, écrit-il à Charles Spon, il est homme de fort bon sens et, taciturne ; il n’y a guères que moi qui le fasse parler et avec qui il aime à s’entretenir[4]. »

Gui Patin ajoute : « Je ne suis point sçavant comme lui, mais nous sommes fort de même humeur et de même opinion, presque en toutes choses ; il n’est ni bigot, ni Mazarin, ni Condé. Depuis le 4 juillet de l’an passé, que nous y perdîmes ce bon M. Miron[5], qui étoit fort son ami, il ne m’en parle jamais que les larmes ne lui en viennent aux yeux, quoiqu’il soit bien stoïque. » Le même jour, Gui Patin répond en ces termes à une demande que lui a adressée son confrère Falconet : « Je puis bien vous dire des nouvelles de M. Sorel, puisqu’il y a trente cinq ans qu’il est mon bon ami. C’est un petit homme grasset, avec un grand nez aigu, qui regarde de près, âgé de cinquante quatre ans, qui paroît fort mélancolique et ne l’est point. Il est fils d’un procureur au parlement… Ce M. Ch. Sorel a fait beaucoup de livres françois, entre autres Francion, le

  1. Même ouvrage, p.173-175.
  2. Par Ménage (voir plus loin, livre X, note) et par Tallemant des Réaux (voir plus loin, Av. §. p. 9 ).
  3. Ce n’est qu’une répétition, comme cela résulte de la lettre qu’on va lire
  4. Lettre du 25 novembre 1655.
  5. Miron, président aux enquêtes, et François Charpentier, conseiller aux requêtes, se réunissaient souvent chez Gui Patin, place du Chevalier-du-Guet. On les appelait les trois docteurs du quartier.