Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/113

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mal appréciées par les écrivains officiels du socialisme ; il est nécessaire d’y insister avec force chaque fois que l’on a à raisonner sur la transformation antimarxiste que subit le socialisme contemporain. Suivant Marx, le capitalisme est entraîné, en raison des lois intimes de sa nature, dans une voie qui conduit le monde actuel aux portes du monde futur, avec l’extrême rigueur que comporte une évolution de la vie organique. Ce mouvement comprend une longue construction capitaliste et il se termine par une rapide destruction qui est l’œuvre du prolétariat. Le capitalisme crée : l’héritage que recevra le socialisme, les hommes qui supprimeront le régime actuel et les moyens de produire cette destruction ; — en même temps que cette destruction, s’opère la conservation des résultats acquis dans la production[1]. Le capitalisme engendre les nouvelles manières de travailler ; il jette la classe ouvrière dans des organisations de révolte par la compression qu’il exerce sur le salaire ; il restreint sa propre base politique par la concurrence qui élimine constamment des chefs d’industrie. Ainsi, après avoir résolu le grand problème de l’organisation du travail, en vue duquel les utopistes avaient présenté tant d’hypothèses naïves ou stupides, le capitalisme provoque la naissance de la cause qui le renversera, — ce qui rend inutile tout ce que les utopistes avaient écrit pour ame-

  1. Cette question de la conservation révolutionnaire sur laquelle je reviendrai plusieurs fois est très importante ; je l’ai signalée dans le passage du judaïsme au christianisme (Le système historique de Renan, pp. 72-73, pp. 171-172, p. 467.