Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/138

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intellectuelle et morale sur des enquêtes, sur des synthèses scientifiques et des démonstrations.

On ne peut pas dire cependant que l’immense labeur de Taine ait été fait en pure perte ; l’histoire de la Révolution a été bouleversée de fond en comble ; l’épopée militaire ne domine plus les jugements relatifs aux incidents de la politique. La vie des hommes, les ressorts intimes des factions, les besoins matériels qui déterminent les tendances des grandes masses, sont passés maintenant au premier plan. Dans le discours qu’il a prononcé le 24 septembre 1905 pour l’inauguration du monument de Taine à Vouziers, le député Hubert, tout en rendant hommage au grand et multiple talent de son illustre compatriote, a exprimé le regret que le côté épique de la Révolution eût été laissé par lui de côté d’une manière systématique. Regrets superflus ; l’épopée ne pourra plus désormais gouverner cette histoire politique ; on se rendra compte des effets grotesques auxquels peut conduire la préoccupation de revenir aux anciens procédés, en lisant l’Histoire socialiste de Jaurès : Jaurès a beau tirer des armoires de la vieille rhétorique les images les plus mélodramatiques, il ne parvient qu’à produire du ridicule.

Le prestige des grandes journées révolutionnaires s’est trouvé directement atteint par la comparaison avec les luttes civiles contemporaines ; il n’y eut pendant la révolution rien qui puisse soutenir la comparaison avec les batailles qui ensanglantèrent Paris en 1848 et en 1871 ; le 14 juillet et le 10 août apparaissent maintenant comme ayant été des échauffourées qui n’auraient pu faire trembler un gouvernement sérieux.