Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/141

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


et affolés par la peur, aux tragédies de la guillotine. On comprend donc pourquoi les socialistes parlementaires font de si grands efforts pour persuader au public qu’ils ont des âmes de bergers sensibles, que leur cœur est tout plein de sentiments de bonté et qu’ils n’ont qu’une seule passion : la haine pour la violence. Ils se donneraient volontiers pour les protecteurs de la bourgeoisie contre la violence prolétarienne ; et dans le but de rehausser leur prestige d’humanitaires, ne manquent jamais de repousser tout contact avec les anarchistes ; quelquefois même ils repoussent ce contact avec un sans-façon qui n’exclut pas une certaine dose de lâcheté et d’hypocrisie.

Lorsque Millerand était le chef incontesté du parti socialiste au Parlement, il recommandait d’avoir peur de faire peur ; et, en effet, les députés socialistes trouveraient peu d’électeurs s’ils ne parvenaient à convaincre le grand public qu’ils sont des gens très raisonnables, fort ennemis des anciennes pratiques des hommes de sang et uniquement occupés à méditer sur la philosophie du droit futur. Dans un grand discours prononcé le 8 octobre 1905 à Limoges, Jaurès s’est attaché à rassurer beaucoup plus les bourgeois qu’on ne l’avait fait jusqu’ici ; il leur a annoncé que le socialisme vainqueur se montrerait bon prince et qu’il étudiait diverses solutions pour indemniser les anciens propriétaires. Il y a quelques années, Millerand ne promettait d’indemnités qu’aux pauvres (Petite République, 25 mars 1898) ; maintenant tout le monde sera mis sur le même pied et Jaurès nous assure que Vandervelde a écrit sur ce sujet des choses pleines de profondeur. Je veux bien le croire sur parole.