Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/155

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Jaurès prétendit que le colonel Hartmann (qui protestait contre le système des fiches) avait employé lui-même des procédés tout semblables[1] ; celui-ci lui écrivait : « Je vous plains d’en être arrivé à défendre aujourd’hui et par de tels moyens les actes coupables que vous flétrissiez avec nous il y a quelques années ; je vous plains de vous croire obligé de solidariser le régime républicain avec les procédés vils de mouchards qui le déshonorent. » (Débats, 5 novembre 1904.)

L’expérience nous a toujours montré jusqu’ici que nos révolutionnaires arguent de la raison d’État, dès qu’ils sont parvenus au pouvoir, qu’ils emploient alors les procédés de police, et qu’ils regardent la justice comme une arme dont ils peuvent abuser contre leurs ennemis. Les socialistes parlementaires n’échappent point à la règle commune ; ils conservent le vieux culte de l’État ; ils sont donc préparés à commettre tous les méfaits de l’Ancien Régime.


On pourrait composer un beau recueil de vilaines sentences politiques en compulsant l’Histoire socialiste

  1. Dans l’Humanité du 17 novembre 1904 se trouve une lettre de Paul Guieysse et de Vazeilles déclarant qu’il n’y a aucun fait de ce genre à imputer au colonel Hartmann. Jaurès fait suivre cette lettre d’un commentaire étrange : il estime que les délateurs agissaient avec une parfaite loyauté et il regrette que le colonel ait fourni « imprudemment un aliment de plus à la campagne systématique des journaux réactionnaires ». Jaurès ne s’est pas douté que ce commentaire aggravait fort son cas et n’eût pas été indigne d’un disciple d’Escobar.