Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/229

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à leur avantage et avec beaucoup d’astuce, un mécontentement passager du peuple contre les autorités anciennes.

Il semble bien que les libéraux russes eussent espéré voir se réaliser quelque chose d’analogue en 1905 ; ils étaient heureux de tant de soulèvements paysans et ouvriers ; on assure même qu’ils avaient été fort satisfaits d’apprendre les défaites de l’armée de Mandchourie[1] ; ils croyaient que le gouvernement effrayé finirait par avoir recours à leurs lumières ; comme parmi eux il y a quantité de sociologues, la petite science aurait remporté ainsi un fort beau succès ; mais il est probable que le peuple n’aurait eu qu’à se brosser le ventre.

Je suppose que les capitalistes actionnaires de l’Humanité ne sont d’aussi ardents admirateurs de certaines grèves qu’en raison des mêmes raisonnements ; ils estiment que le prolétariat est bien commode pour déblayer le terrain et ils croient savoir, par l’expérience de l’histoire, qu’il sera toujours possible à un gouvernement socialiste de mettre à la raison les révoltés.

Ne conserve-t-on pas d’ailleurs soigneusement les lois faites contre les anarchistes dans une heure d’affolement ? On les stigmatise du nom de lois scélérates ; mais elles peuvent servir à protéger les capitalistes-socialistes[2].

  1. Le correspondant des Débats racontait dans le numéro du 25 novembre 1906 que des députés de la Douma avaient félicité un journaliste japonais des victoires de ses compatriotes. (Cf. Débats, 25 décembre 1907.)
  2. On peut se demander aussi dans quelle mesure les anciens ennemis de la justice militaire tiennent à la dispa-