Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/232

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Elle trouverait de très utiles auxiliaires dans la niaiserie des philanthropes ; et cette niaiserie est toujours un fruit de la dégénérescence des classes riches. Elle réussirait d’autant mieux qu’elle aurait devant elle des capitalistes lâches et découragés.

3° L’on ne saurait plus maintenant se désintéresser des plans relatifs à la société future ; ces plans que le marxisme tournait en ridicule et que la grève générale syndicaliste écartait, deviennent un élément essentiel du nouveau système. La grève générale politique ne saurait être proclamée que le jour où l’on aurait acquis la certitude qu’on a sous la main des cadres complets pour régler l’organisation future. C’est ce que Jaurès a voulu faire entendre dans ses articles de 1901, quand il a dit que la société moderne « reculera devant une entreprise aussi indéterminée et aussi creuse que la (grève syndicaliste) comme on recule devant le vide »[1].

Il ne manque pas de jeunes avocassons sans avenir qui ont rempli de gros cahiers avec leurs projets détaillés d’organisation sociale. Si nous n’avons pas encore le bréviaire de la révolution que Lucien Herr avait annoncé en 1900, nous savons tout au moins qu’il y a déjà des règlements tout préparés pour assurer le service de la comptabilité dans la société collectiviste et Tarbouriech a même étudié des modèles de paperasses à recommander à la bureaucratie future[2]. Jaurès ne cesse de faire

  1. Jaurès, Études sociaiistes, p. 107.
  2. On trouve beaucoup de ces choses follement sérieuses dans la Cité future de Tarbouriech. — Des personnes qui se disent bien informées, assurent qu'Arthur Fontaine, Direc-